Le marché de l'impression professionnelle reste sous pression. En France, environ 190 000 machines A3 couleur – plus de 1 000 euros - ont été vendues en une année selon les données d’IDC, nous a indiqué Philippe Pelletier, directeur marketing & opérations commerciales chez Canon France, et si les volumes d'impression reculent de deux à trois points par an, les acteurs en lice restent nombreux : une douzaine de fabricants se disputent encore un gâteau conséquent. Canon y revendique 15% de parts de marché, sur un segment où HP caracole toujours en tête, tandis que Xerox — désormais fondu dans l'orbite de Lexmark — et Konica-Minolta occupent des positions solides. Dans ce contexte, Philippe Pelletier détaille une stratégie technologique volontairement segmentée.
LED: la production grand format, et rien d'autre
Contrairement à Oki — fabricant le plus identifié sur ce segment —, qui a fait des têtes d'impression LED sa signature technologique dans ses gammes professionnelles, Canon ne déploie pas cette technologie dans ses imprimantes de bureau. Xerox et Brother proposent également des modèles LED sur certaines références, une approche qui présente des avantages réels : mécanisme plus compact (absence de miroir rotatif ou de polygone), meilleure fiabilité mécanique et bruit réduit. Canon a fait un autre choix, l’Oled sur lequel nous reviendrons un peu plus plus bas. Pour le constructeur japonais, la technologie LED est l'apanage de l'impression grand format de production. La gamme Colorado, équipée d'encres UVgel et d'un système de séchage UV-LED, cible les professionnels de la signalétique, du covering et de la décoration. La toute récente Colorado M-Traffic, lancée début mars 2026, en est l'exemple le plus éloquent : dédiée à la fabrication de panneaux de signalisation routière réglementée, elle utilise les encres UVgel 540-R et bénéficie de la validation 3M pour l'impression sur supports rétroréfléchissants. Un positionnement de niche, loin des open spaces.
Canon utilise la technologie LED principalement dans ses imprimantes grand format (séries Colorado avec séchage UV-LED). (Crédit P.K.)
Quand l'impression se réinvente avec l'Oled
Sur le terrain du bureau, Canon mise sur une évolution majeure en substituant sa technologie laser par un système d'exposition Oled propriétaire baptisée D² Exposure. Le japonais est aujourd’hui le seul à utiliser des diodes électroluminescentes organiques (Oled) comme source lumineuse au lieu d'un laser dans la tête d'impression dans ses imprimantes bureautiques monochrome et couleur imageForce. Canon explique que ce choix raccourcit le chemin optique, réduit les interférences et produit des lignes plus nettes ainsi qu'un meilleur calage des couleurs. Concrètement, cela permet d'atteindre une résolution de 4 800 x 2 400 ppp, supérieure à ce que proposent la plupart des modèles laser concurrents. Depuis le lancement de la première imageForce C7165 en octobre 2024, Canon a progressivement étoffé sa gamme Oled afin de couvrir un spectre plus large dans les entreprises : des compactes A4 couleur (C1333) aux multifonctions A3 haute vitesse (C5100, C3150, 8100), en passant par des modèles noir et blanc hauts volumes pour des secteurs comme l'éducation. Ces produits embarquent une exposition Oled permettant, selon Philippe Pelletier, « d'avoir sur des matériels bureautiques une très bonne qualité, proche du jet d'encre, la résolution a été doublée par rapport aux générations précédentes ». La gamme imageForce n'est donc pas un simple complément aux imprimantes laser, elle remplace en grande partie les anciennes gammes imageRunner Advance DX et imageClass X, même si des modèles i-Sensys et imageRunner restent encore fidèles au laser. Canon conserve par ailleurs une position stratégique peu commune : « Nous fournissons toujours les moteurs laser à HP », confirme Philippe Pelletier, une relation industrielle qui dure depuis plus de quarante ans et illustre le poids technologique du groupe, classé en permanence dans le top cinq mondial des déposants de brevets aux États-Unis. Reste à savoir si HP pourra également bénéficier de la technologie Oled sur ses prochaines modèles...

La technologie d'impression Oled de Canon, baptisée D² Exposure, remplace la source lumineuse laser par des diodes électroluminescentes organiques (Oled) pour exposer le tambour photosensible de l'imprimante. (Crédit Canon)
Là où Epson a fait du jet d'encre grand réservoir son cheval de bataille dans les entreprises, Canon positionne cette technologie comme une alternative complémentaire au laser. « Plus de 70% des ventes concernent la couleur quand on additionne toutes les gammes », souligne Philippe Pelletier : le jet d'encre s'inscrit directement dans cette dynamique, avec une qualité d'impression élevée et une consommation énergétique réduite. Il adresse en priorité les entreprises soucieuses du coût par page et de la qualité de rendu couleur, sans les contraintes thermiques du laser.
Logiciels et services : l'autre bataille
Au-delà du matériel, c'est sur les services que Canon entend faire la différence face à des acteurs comme Konica-Minolta, également très actif sur la gestion documentaire. La solution uniFlow centralise le pilotage du parc, l'attribution des impressions par service et la refacturation interne. « C'est la solution qui permet de contrôler les petites, moyennes et grosses imprimantes, savoir qui imprime quoi, en quelle quantité », résume Philippe Pelletier. La plateforme DSF (Data Driven Service) complète ce dispositif avec un tableau de bord prédictif : alertes toner, remontées de compteurs et surveillance de l'intégrité des firmwares. Des capteurs pilotés par apprentissage automatique assurent la maintenance prédictive, avec des alertes avant défaillance des pièces — un système lancé en mai 2025 qui commence à exploiter ses premières données terrain.
En parallèle, Canon pousse sa GED Verifort couplée à l'orchestrateur Six Hub pour digitaliser les processus métiers : facturation fournisseurs avec un partenariat dédié à la gestion des factures, signature électronique, coffre-fort numérique, et bientôt un portail corporate s'appuyant sur les travaux menés autour de la plateforme Chorus. « Nous avons développé un écosystème pour répondre aux problématiques françaises », insiste Philippe Pelletier, avec une trentaine de spécialistes solutions déployés sur le territoire. Dans un marché en consolidation, Canon mise sur cette profondeur de service pour faire la différence durablement.


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